ENGOULEVENTS DEDANS MA CHAMBRE

Dans la fumée du réveil, j'étais sûr de tenir entre les mains le petit corps ferme et bien fait d'un texte idéal à écrire ici-même. Il y avait là l'ébauche d'une idée sur quelque chose, et tout autour de cette imprécision quelques mots qui semblaient bien s'aimer. Je me suis répété plusieurs fois des phrases en silence. Je les ai pesées comptées et divisées dans cet habituel et simple mouvement de lego, qui est comme une autre manière de dire écriture ; voire plu. Un rai de lumière ayant allègrement filtré sous la porte de ma chambre, j'étais sûr que mes modestes phrases se gravaient déjà dans le marbre, filtrant à travers mes yeux mi-clos, forçant le mur épais de fumée matinale et roulant sur le parquet pour aboutir ici, et maintenant, en une suite royale de uns et de zéros malicieux… C'était compter sans les maléfices qui font le siège de tout dormeur qui s'éveille ! Ces anges et autres démons qui font une pâture constante de toute "idée en l'air", et se nouent telles des chauve-souris tropicales dans la moindre chevelure de parole. S'il avait fait plus froid, nul doute que, avec précaution, je les aurais recueillies —gelées en l'air— dans un vulgaire panier d'osier. S'il avait fait plus chaud, nul doute non plus que je les aurais retrouvées en manne sous la douche. Mais il aura fallu que ce soit aujourd'hui. Et qu'à ces heure et minute précises tout cela phrases informes et formes sans phrases, s'offre à la gueule ouverte de ces monstres carnassiers et minuscules, qui chaque matin, rôdent au-dessus de mon lit tiède et fumant comme des engoulevents.