LE SAUT NON-QUALITATIF DU CHEVAL



La vie est courte. Juste assez courte… Par contre les journées sont longues. Il ne le sait évidemment pas mais dans soixante-cinq ans sept mois douze jours et une poignées de minutes serrées comme les pierres autour du feu, celui que nous connaissons sous le nom de Luigi Éden-Théa va mourir. Tout est écrit en ce cas. Mais tout est invisible, illisible et par-devers soi tout désécrit. Et pourtant il va bien lui falloir la vivre cette vie ; jusqu'au bout. Et jusqu'à la dernière goutte, qu'elle soit d'eau d'alcool ou de ciguë l'amphore est encore pleine, qui ne roule sur aucun de ses côtés gravides, n'oriente en rien le jugement du buveur et ne réfléchit jamais le ciel que là brisé, dans l'étau courbe de sa surface. L'univers est aussi plat qu'un simple disque d'eau calme. Toutes nos vies enlacées qui se penchent ne savent que sombrer. Elles recouvrent d'ombre le peu de lumière qui nous a fait naître. Le jet d'eau pure est souillé par le coup de dents ceignant l'omphalo-cordon. La vie est courte. Un pont de cordes tissé sur l'antre infini. Juste assez courte la vie… comme le saut d'un cheval au-dessus d'un abîme.


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