Calme de blanche

J'aime la neige parce que, quand elle se pose sur le paysage comme ça, on dirait qu'elle choisit de révéler les choses, disait Luigi Éden-Théa. Elle semble avoir ce don de faire parler les éléments de la nature, ces choses visibles mais amuies, ces ombres sans soleil qui se redressent à son passage. J'aime la neige qui se révèle elle-même, texte fantôme enfermé derrière des barreaux noirs et blancs comme dans une estampe japonaise, disait-il. Les éléments du paysage sont un à un détourés par les couches de neige. On dirait de petites icônes dépassant d'elles-mêmes ; taches de papier sur du papier. La neige avance en profondeur. Elle fait monter tout en tombant. Les choses se redimensionnent sous nos yeux, le toit s'épaissit, le jardin se dédouble, chaque arbre déborde peu à peu d'un autre arbre, un arbre fantomatique comme une révélation photographique, un mirage. Et ce n'est pas ici qu'une affaire de raffinement, disait Éden-Théa. Il n'y a pas d'aboutissement ni de perfection sûre dans ces petites épiphanies floconneuses. J'ai le sentiment qu'il s'agit surtout de contrastes ! D'une contradiction à l'état brute, tombée durant la nuit et que l'aube émerveille d'une question neuve encore embuée de sommeil. Ce contraste, cet écart apparaissent précieux comme semblant immotivés. C'est là que la neige me touche, disait-il. Dans la clarté obscure de sa révélation par la fenêtre. Dans la boule humide et collante qui roule à l'envers dans le paysage mental. La neige d'aujourd'hui ne tombe jamais seule dans le jardin. Elle s'accumule aussi sous le crâne, dans ces zones aphones de la mémoire et de l'oubli. La preuve en est que même en image, même esquissée sur une mauvaise reproduction d'Hokusaï accrochée au mur d'une salle d'attente, je sais que j'ai toujours envie de toucher la neige, disait Luigi Éden-Théa. Envie de fringale, et de l'exprimer lentement entre ses doigts, comme un fruit mûr, un désir estival, un souvenir d'enfance disait-il.

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